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Le vieil arbre et la jeune pouce

Mise à jour 4 février 2011.

Thèmes Chermag29 Portraits Sport

Ce pourrait être une fable. La version sport du « chêne et du roseau », l’orgueil de l’arbre en moins. Soixante et onze années séparent Maurice Chafiol de Romane Berniès. À 88 ans, l’un est, à l’entendre, au soir d’une belle et longue journée. À 17 ans, l’autre entrevoit à peine les promesses de l’aube.

Romane porte le numéro 6 sur le maillot « tango ». en match, sa queue de cheval fait métronome et sa main gauche fait souvent des signes bizarres à l’attention de ses coéquipières… née à Agen, romane est tombée dans la potion sportive quand elle était petite. Plongée dedans par un papa rugbyman et une maman « athlé », venus au basket en couple. L’enfant de la balle se retrouve sous les paniers à 9 ans. « Mes parents ne m’ont pas poussée, tient à préciser romane. Ils m’ont aidé à me réaliser dans une activité que j’adore. C’est une grosse différence ! »

Quand Maurice Chafiol avait le même âge que romane aujourd’hui, la France s’écroulait. Né à Montpellier, Maurice vit alors à Besançon, où son père est employé des chemins de fer. en 1940, il sort de l’école normale et commence à enseigner. Après la libération, il obtient le concours de prof de sport et la main de Jacqueline, rencontrée au bord d’un terrain de basket... c’est elle qui l’emmène à bourges, en 1948. C’est là qu’elle joue, au basket bien sûr, avec l’us Berry. Tant qu’à suivre sa femme, autant l’accompagner vraiment : Maurice entraîne l’équipe, qui ira jusqu’aux quarts de finale du championnat de France Ufolep en 1952.

L’équipe : une seconde famille

Les compétitions relevées, Romane connaît. La jeune fille est déjà vice-championne puis double championne de France Unss, championne de France cadettes et 2 fois titulaire de la coupe de France cadettes. Cette année, elle est capitaine de l’équipe des joueuses du centre de formation du bourges basket, qui évolue en nationale 2. Lorsqu’elle était collégienne et pensionnaire au « pôle espoirs » de Mont-de-Marsan, le bourges basket, pour elle, c’était le club de Céline Dumerc, dont elle admire toujours la technique, la détermination et l’altruisme. Alors, en 2008, quand elle intègre le centre de formation de Bourges, elle nage dans le bonheur. Puis réalise qu’elle va en baver. « Ça m’a fait un peu peur, au début, avoue romane. La confiance en moi que m’ont transmise mes parents et la fierté d’être là m’aident. L’équipe est ma seconde famille. Quand l’une des filles a un coup de mou, on la soutient. On sait ce qu’elle vit. Et quand il y a des bisbilles, on règle sans laisser traîner, sinon ça va se voir sur le terrain. Et ça, on ne peut pas se le permettre. »

Dans la famille Bourges basket, je demande le grand-père. Maurice Chafiol ? Bonne pioche. Son expérience, ses relations auprès des partenaires associatifs, institutionnels et commerciaux et ses talents d’organisateur permettent aux joueuses de ne se préoccuper que du match. Jamais les acteurs du mouvement sportif régional n’oseraient l’appeler « momo », comme le fait romane avec une affectueuse insouciance. Pour se faire une idée de son statut, voyez, dans les rues de bourges, ces vénérables grands-pères le saluer avec respect : « d’anciens élèves », sourit Maurice. Il a enseigné au lycée Alain-Fournier de 1948 à 1976. en 1967, il fait partie des fondateurs du « Cercle Jean Macé de Bourges ». L’équipe masculine de basket, entraînée par Maurice, montera jusqu’en « fédérale ». en 1973, les parents des joueurs demandent la création d’une équipe féminine, « pour que les petites sœurs puissent jouer aussi » ! Une création obtenue en comité directeur par 1 seule voix de majorité. Pas celle de Maurice, qui a voté contre, « pour préserver l’équilibre financier du club » ! Maurice va pourtant prendre en charge le sport féminin au niveau de la commission technique « basket » du comité sportif du cher, puis au club berruyer. Les filles ne vont alors plus cesser de monter en puissance, éclipsant bientôt leurs « grands frères »… Membre du comité départemental olympique, président de l’office municipal des sports de Bourges de 1984 à 1997, médaille d’or de la Jeunesse et des sports, Maurice n’a jamais voulu prendre de responsabilités nationales. « Je ne voyais déjà pas assez mes enfants grandir, alors si j’avais dû, en plus, monter à paris… » Aujourd’hui, l’équipe Chafiol, c’est 6 enfants, 15 petits-enfants et 11 arrière-petits-enfants. on serait bien tenté d’y ajouter romane et quelques générations de handballeurs, de handisportifs, d’avironnistes ou de basketteuses, tant le vieil arbre a généreuse ramure.